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Yama - Niyama (2eme Partie) 15/10/2008


Continuons, à présent, ce survol des" Règles de vie " proposées par Patanjali dans le deuxième chapitre des Yoga Sutra. Nous venons de voir (infos Yoga n°68) ce qu'il appelle les Yama (la maîtrise). Cinq règles, cinq valeurs que nous devons avoir à coeur d'observer dans notre rapport à autrui et au monde. Cinq engagements, aussi, pour nous-même: être dans la non-violence, la non-nuisance, chercher à vivre dans l'authenticité, cultiver le vrai, l'honnêteté, lâcher les pulsions d'accumulation et de possession, savoir gérer intelligemment ses energies, et tout particulièrement notre libido.

Avec les Niyama (ni : vers l'intérieur, dedans) les règles de vie vont concerner essentiellement notre individu et l'organisation de notre vie personnelle.

 

Quelles priorités devons-nous mettre enjeu dans notre rapport à nous-même ?


1. Shausha (Sauca): la propreté, la netteté, la pureté

 

Cela peut surprendre que la toute première discipline personnelle soit consacrée à cet acte à priori si simple, si apparemment évident et anodin qu'est la propreté. Shausha est à la fois la propreté physique et la propreté intérieure. Au nettoyage intérieur va correspondre le nettoyage extérieur. L'un et l'autre vont être intimement liés. La propreté a l'air d'aller de soi c'est l'un des premiers apprentissages de transmission au petit enfant. Mais, à y réfléchir, nous observons que cette notion de propreté est très différente d'un individu à un autre, d'une famille à l'autre, d'une culture à une autre. Dans les deux ouvrages de référence que sont la Hatha Yoga Pradîpikâ (H.V.R) et la Gheranda Samhitâ, avant toute chose, on commence par les nettoyages, des plus simples aux plus comliqués.

 

Pour Shausha, nous allons avoir deux phases de développement:
"De la  propreté (nait) la protection de son corps et l'évitement des contacts avec autrui." (II,40)

 

L'hygiène préserve des maladies et contribue à ralentir la dégradation corporelle. Mais aussi, cultiver "l'hygiène" d'un vécu intérieur propre peut être un rempart contre toutes les agressions. Dans les obstacles au juste vécu en yoga de la H.Y.P. nous retrouvons ces conseils de préservation du corps et d'évitement de certaines personnes (H.Y.P.  1,16 et I,61). Dans les Yoga Sutra, la maladie est le premier obstacle à l'experience du yoga  (Y.S.81-30). Si nous n'avons rien à prouver, rien perdre, rien à craindre, si nous sommes "clairs et nets" avec nous-mêmes, point ne besoin de se" frotter" à qui ou à quoi peut s'avérer dangereux pour notre intégrité physique ou morale. La propreté, la pureté, la netteté, c'est ne pas offrir de prise ambiguë, faite d'attraction-répulsion, aux prédateurs et pollueurs de toutes sortes. Ainsi va-t-il y avoir exigence de "nettoyage" de son environnement et de ses relations, et va s'imposer la necessité d'une analyse sérrée du pourquoi nous continuons a fréquenter  telle ou telle personne que nous ressentons comme" polluante". Cette analyse va s'étendre  aussi a nos lectures, au cinéma, à la télévision, à l'ordinateur, etc...  Tous les actes de la vie quotidienne vont être concrnés par cette exigence de clarté, de netteté,  d'intégrité, d'élagage. Tout revient toujours à une bonne gestion de nos énergies.  Ne pas être parasités et ne pas se disperser.

 

"Et la propreté génère aussi une limpidité (intérieure) intelligente, de la bonne humeur, de la concentration, la maîtrise des sens et la capacité de percevoir la conscience profonde" (11,41)

 

Quand nous sommes propres physiquement, quand nous avons évacué tout ce qui doit l'être, et même quand nous avons nettoyé à l'interieur (lavements, jeûnes, etc...), nous nous sentons allégés et joyeux. Nous sommes comme neufs. Le désencrassement libère et optimise des capacités jusqu'alors ralenties ou paralysées par des surcharges, il nous rend par là même plus efficaces, plus concentrés, et nous permet d'aller plus profond dans la lucidité intérieure. Nous enlevons les strates inutiles, les taies.  C'est comme nettoyer des vitres sales pour laisser passer la lumière. Bien sûr, tous les plans, toutes les "couches", toutes les enveloppes (kosha) sont concernées: physiques, énergetiques, psychologiques et émotionnelles, spirituelles. Mais cela doit être fait intelligemment et avec justesse. Ne devenons pas des obsédés du recurage, des puriflcations, des stérilisations. Ne nous enfermons pas dans la peur du microbe ni de la maladie. L'exigence de propreté et de netteté,externes et internes, doit contribuer à nous rendre plus forts. Ne nous fragilisons pas en nous enfermant dans la pathologie de la purete obsessionnelle, car, alors, le monde tout entier deviendrait source de pollution et la vie perdrait toute sa saveur. Attention à ce que Sausha ne génère de la " tartufferie ". En affichant un puritanisme de façade sans avoir fait le grand nettoyage intérieur, on peut se faire donneur de leçons et projeter sur autrui une saleté qui est en realité la notre. Dans notre pratique, il va de soi qu'il y a une profonde incompatibilité entre être sâle et l'experience du yoga. 11 ne s'agit pas de la pratique de fin de journee, quand la douche date du matin, mais de la vraie saleté, souvent masquée par de lourds parfums.  Le yoga nous place au coeur d'une relation à nous-même faite d'exigence de lucidité et de clarté. Le travail postural et le jeu du respir vont dans le sens du nettoyage des tensions, du désencrassement énergetique. Tout travail sur le souffle nettoie, bien sûr physiquement et énergetiquement, mais surtout, en canalisant les mouvements anarchiques du mental, a un effet profondement clariflant. Si notre peau est propre, chaque pore va s'ouvrir, devenir " passage ". Une peau sâle formera une pellicule, comme une cuirasse, nous empêchant d'acceder au plus intime de nous-même mais aussi d'être en expansion vers l'extérieur. La saleté va être le reflet d'une volonté de ne pas nous voir tels que nous sommes, et de ne pas vouloir changer. La crasse se fait " protectrice " de certaines pathologies. Elle sera le reflet d'une coupure, d'un non respect et d'une violence très profonde vis a vis de nous-même. Le yoga exige un choix: ou bien on se lave, et ainsi on favorisera le nettoyage intérieur sur tous les plans, par le feu du yoga, ou bien on s'enfonce dans la malpropreté, et là, on abandonne nécessairement, et à assez brève échéance, le chemin du yoga. La pratique posturale permet d'essorer, de désencrasser ce qui stagne, paralyse, alourdit. Soyons tres attentifs, aussi, à ne pas laisser d'espace pour une quelconque pollution mentale. Nous devons" nettoyer" tout parasitage. Disposer d'un organisme pur et sain va nous permettre d'établir les fondations justes pour une véritable croissance intérieure. Avec Shausha va s'opèrer un travail" alchimique " de décantation, de séparation, de nettoyage, pour débarrasser la matière brute de ses scories et favoriser ainsi l'emergence de l'or pur de la consience.

 

2. Samtosha : Le Contentement - être heureux

 

Installer Samtosha, c'est développer la faculté de supporter les tracas journaliers. C'est vaincre les sautes d'humeur. II ne s'agit pas, bien sûr, d'un contentement de façade, mais d'un état intérieur sincère. Ce n'est pas le plaisir de l'obtention d'un objet recherché, d'un but poursuivi, " je suis content d'avoir le Bac ! ". II s'agit d'une vraie tranquillité d'esprit, un état fait de calme, d'harmonie, de joie. C'est être dans la sérénité.

 

"Par le contentement, on connaît le plus baut degré du bonheur" (11,42)

 

Cultiver le contentement va nous permettre d'extraire les messages positifs de tous les moments d'adversité. Au lieu de nous décourager, les difficultés rencontrées vont nous galvaniser. Dans les situations les plus limites, douloureuses, hostiles, Samtosha va permettre de mettre en place les qualites de " résilience " qui vont aller dans le sens de la construction plutôt que du désespoir et de la devastation intérieure. Samtosha, c'est surtout balayer notre suffisance intérieure, toujours grande mangeuse d'énergie. C'est ne pas se sentir en permanence offensé par qui ou par quoi que ce soit. Exerçons-nous à voir dans les autres ce qu'ils ont de meilleur plutôt que leurs défauts. Le contentement, ce n'est pas s'installer non plus dans l'immobilisme, l'autosatisfaction, dans le refus d'assumer ses responsabilités, ce qui confinerait a de la lacheté. C'est en cultivant la joie de vivre que nous contribuons à éliminer les sources de tourments (la souffrance à venir doit être evitée II,6). II ne s'agit pas d'un etat de cécité volontaire, ni d'une fuite des problemes, mais, en toute conscience, d'une exigence de lumière, en installant, face aux sources de tourments, un " contre-courant", un état d'esprit opposé (11,10). Rien ne sert d'être triste, de se plaindre, de s'apitoyer sur son propre sort. Tout cela est lourd, inutile et épuisant. Cultiver en nous le contentement et la joie de vivre va nous permettre de faire face à toutes nos peurs et de les éradiquer : peur de manquer, de ne pas être a la hauteur, peur de l'avenir, peur des autres et de leur jugement, peur de la concurrence,  peur de l'inconnu, peur d'aimer, peur de souffrir,... et bien sûr peur de la mort. Et là, nous sommes au coeur des obstacles, des causes de souffrance (II, 3 et II, 9) dénoncées par Patanjali. Et c'est en suivant le contre-pied qu'il propose, (II, 10) que la mort doit devenir notre " conseillère ", notre aiguillon, pour vivre de façon moins dispersée, plus juste, plus impeccable, plus consciente. Alors, nécessairement, la joie sera totale.

Dans notre pratique, mettons en place ce que nous recommande Patanjali  au sujet d'Âsana : être fermement installé dans un espace  heureux (11,46). Même dans la difflculté, nous devons, en yoga, cultiver ce plaisir de l'experience proposée, ce qui revient finalement à goûter avec joie et bonheur toutes les mises en formes de la vie, même si elles sont difficiles. N'oublions pas que c'est parce que nous sommes vivants que nous pouvons les aborder, les experimenter. Chassons la mauvaise humeur, la morosité, la grise mine et l'ennui. Ne soyons pas des tâcherons du yoga. Entre la pureté et le contentement va s'établir le même lien qu'entre la  non-violence (Ahimsâ) et cultiver un état vrai (Satya). Shausha, la pureté, peut amener une attitude arrogante, nous pouvons avoir le sentiment d'appartenir a une classe d'individus supérieurs, et donc devenir méprisants et réprobateurs vis à vis des autres. On peut devenir intolérant, triste et sevère. Si nous cultivons Samtosha, il n'y aura ni tristesse ni arrogance. Le contentement et la joie de vivre, doivent impregner notre limpidité pour eviter d'être dans la stérilité. En sortant de notre morgue, de notre suffisance, en lachant un état d'esprit prétentieux nous acquerrons beaucoup de fluidité, de profondeur, de sérénité. Nous serons tout simplement nous-mêmes, ananda, joie absolue.

Samtosha met le doigt sur nos facilités ou nos difficultés à être heureux, à être contents de ce que nous sommes, de ce que nous faisons, de ce que nous voulons il met le doigt aussi sur notre propension à attendre tout de l'extérieur. Cet extérieur ne dépend pas de nous, nous ne le maÎtrisons pas. Ne soyons pas suspendus à qui ou à quoi que ce soit, ne soyons suspendus qu'à nous-mêmes. Installer en nous la joie de vivre va demander une certaine pugnacité. Il va falloir développer une énergie lumineuse qui va élaguer, alléger, dépouiller. Comme pour Aparigrahâ, dans les Yama, quand on n'a rien à perdre cela laisse de la place pour un espace libre. Dans n'importe quelle situation la joie de vivre est liberté et amour, efficacité et abandon, invulnérabilité.


Grâce à Samtosha nous pouvons nous ouvrir à la beauté du monde. A présent, nous arrivons au début d'une triade que Patanjali a déja énoncée dans le premier sûtra de ce même chapitre, celui de la méthode.

Qu'est-ce que le " faire " en yoga ? (Kriyâ Yoga) Quels sont les instruments essentiels et incontoumables pour accéder à l'état de yoga ? Les trois qualités à vivre et à developper en priorité sont ces mêmes Niyama qui vont suivre à présent. En les reprenant dans le même chapitre et dans le même ordre, Patanjali va souligner l'importance absolue qu'il leur attribue.


3. Tapas : L'ardeur - L'intensité


de la racine tap : faire cuire, chauffer.

Nous voilà d'emblée bien loin de l'idée molle et tiède que l'on peut se faire du Yoga. Il va y avoir l'exigence de mettre en place un vécu ardent. Nous sommes dans l'action avant tout. Ainsi Tapas va être régi parle Guna Rajas. Cette action instaurera un processus de nettoyage, d'élimination de tout ce qui est stagnant, pesant, apatique, en brûlant l'accumulation des scories par le " feu " de l'intensité.

 

"Tapas (amène) l'élimination de ce qui est impur et ouvre le corps et les sens à tous les possibles (Siddhi)" (II, 43)

 

Tapas englobe l'examen de tout ce que nous faisons et de tout ce que nous absorbons. C'est véritablement ce qu'on peut appeler l'ascèse, la discipline de vie. Cela doit commencer par l'examen de notre quotidien et particulièrement de notre nourriture. Le corps et le mental sont tributaires de ce que nous mangeons ou buvons. Une nourriture trop riche alourdit le mental, excitante elle va l'agiter excessivement, si elle est legère, cela va l'éclairer et le purifler. Ce processus d'observation et d'élimination de l'inutile et du préjudciable à notre équilibre et à notre bon fonctionnement va se mettre en place de façon privilegiée dans notre pratique d'Âsana et de Pranayama. En installant une qualité de vécu imprégnée d'intensité, nous allons aborder nos postures avec entrain et de façon dynamique, en otant tous les" vices de forme " et les engorgements, mais aussi en sortant des routines, en élimnant la paresse, l'apathie et les peurs. Et cela, bien sûr, sans désir de mortiflcation, sans violence et en développant un grand enthousiasme. L'action du souffle sera primordiale. II est l'instrument de purification par excellence. II est ce qui enlève tout ce qui fait obstacle a la libre circulation de Prana, de l'énergie de vie. II est l'instrument d'action sur le mental et son instrument de purification. Outre la spécificité inhérente à chaque pratique de Pranâyama, tout travail conscient sur le souffle, en canalisant les mouvements anarchiques du mental, aura cet effet nettoyant.

Alors, notre corps trouvera sa plenitude, et nos facultés sensorielles pourront se libérer totalement. Non seulement nos sens premiers (voir, sentir, goûter, entendre, toucher) seront plus éveillés et operationnels, mais leurs prolongements subtils, ceux qui restent pour la plupart d'entre nous, sinon pour tout le monde, dans l'opacité et la non-existence, pourront apparaître et s'activer à des degrés divers. II s'agit du libre déploiement de tous ces possibles auxquels Patanjali consacrera le troisième chapitre (Vibhûti Pada).La pratique de Tapas, c'est aussi se donner la discipline d'une petite pratique quotidienne plutôt qu'une très longue une fois de temps en temps. C'est, petit à petit, fortifier sa volonté par la constance. Attention toutefois a ne pas confondre Tapas avec cet activisme acharné et violent, porté par le culte du corps " parfait " et toujours jeune, qui est la tendance générale de notre époque. Tapas, c'est la rigueur. Entretenir Tapas en soi, c'est cultiver une vigilance toujours en éveil, une présence chaleureuse, c'est aussi se proposer de ne pas passer un jour sans s'être posé ou avoir vaqué en pleine conscience. Tapas va nous permettre d'établir un ordre intérieur, évitant que nous soyons tirés a hue et a dia en permanence par nos pulsions, nos désirs, nos ambitions, nos peurs, etc... Tapas va être l'instrument qui va nous permettre de nettoyer les effets paralysants des préoccupations ordinaires de la vie quotidienne. Tapas, c'est faire face à la résistance de nos conditionnements et de l'hégémonie de notre mental. II va y avoir, avec Tapas, quelque chose du rayon laser. II s'agit de vivre de façon de moins en moins dispersée, éclatée et inconsciente, pour se condenser en se densifiant avec l'intensité et l'efficacité du scalpel.  Sans Tapas, rien ne peut consumer l'ignorance.

 

Dans les Védas, Tapas, l'ardeur, se trouve à l'initiale de la manifestation :
"à l'origine les ténèbres couvraient les ténèbres, tout ce qu'on voit n'était qu'onde indistincte. Enfermé dans le vide... l'Un prit alors naissance par le pouvoir de Tapas. Et le desir se leva, première semence de la pensée." (Rig Veda 10, 129).

 

Tapas va être le feu-source, indissociable de toute énergie de vie.

 

(Auteur : article de Marguerite Aflallo avec l'aimable autorisation d'Infos-yoga)

 



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