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Kumbha Mela de Prayag 2013 09/06/2013

La Kumbha-méla est a priori le plus grand pèlerinage de l'humanité, avec 30 millions de personnes en tout qui se réunissent au même endroit sur deux mois. Elle a lieu une fois tous les 12 ans en un même lieu.

Il y a quatre endroits où elle se déroule, Prayag (à quelques kilomètres de la ville d'Allahabad), Hardwar, Ujjaïn et Nashik, mais les deux principaux rassemblements sont associées au Gange, c'est-à-dire Hardwar et Prayag. Ce dernier nom signifie « confluence » et est de la même racine que yoga. Il désigne la rencontre du Gange et de la Yamuna, à 120 km environ avant Bénarès quand on vient de Delhi.

En suivant le cycle de douze ans de Jupiter

La Kumbha-méla suit le cycle de la révolution de Jupiter, qui est d'entre onze et douze ans. C'est un mode d'inscription fondamental dans la nature de cet évènement humain considérable. Il n'est  pas décidé par des compulsions temporaires de politique, voire de politique religieuse, mais il est géré par le Roi des astres luimême, Jupiter, Brihaspati pour les hindous. J'ai moi-même visité cette Kumbha-méla de Prayag en 1989, il y a 24 ans, et aussi il y a 12 ans en 2001. Cette fois-ci, j'étais avec un grand groupe de plus d'une cinquantaine de francophones, dont une dizaine de membres de l'Association Marocaine de Yoga accompagnés par Driss Benzouine, et en plus il y avait à certains moments avec nous une équipe de tournage d'Arte de six personnes. Nous avons pu prendre un des plus grands bains des deux mois festifs à la confluence de deux fleuves, appelée aussi sangam, 'ce qui va ensemble' ou triveni, '(la rencontre) des trois courants'. Il s'agissait de Mauni amavasya, littéralement « la nouvelle lune des silencieux », celle de février donc qui est reliée à Shiva, le dieu de la méditation. Même en dehors de la Kumbha-méla, cette nouvelle lune correspond à une date importante du calendrier religieux hindou. Mâ Anandamayî présentait la Kumbha-méla comme l'étendard de l'hindouisme, et on peut comprendre cette image en contemplant l'étendue bariolée des camps, la plupart avec leurs propres drapeaux qui représentent la variété considérable des écoles et des lignées religieuses variées. La dimension des campements a été cette fois environ estimée à 150 km², l'endroit près de la confluence était occupé par les Akharas, c'est-à-dire les congrégations monastiques traditionnelles qui défilent en premier pour les grands bains. Plus loin sont installés les mouvements plus récents ou considérés comme moins orthodoxes, comme le mouvement de Kabir, saint et poète du XVème siècle à Bénarès, qui prêche que les rituels, et donc le bain de la Méla, ne sont pas utiles pour le développement spirituel… Ils ont quand même leur place dans ce grand méli-mélo de la Méla, mot qui est en fait de la même racine que « mélanger » en français. Là peuvent se faire entendre des enseignements si différents qu'il peuvent sembler contradictoires.

La plus grande fête végétarienne

En dehors de la quantité même de 30 millions de personnes qui viennent camper sur les berges des fleuves en deux mois, la Kumbha-méla est remarquable aussi du point de vue de la nonviolence envers les animaux : en effet, tout cette foule est nourrie sans tuer aucun être vivant. Ce fait remarquable transforme la Kumbha-méla en un modèle possible pour l'avenir d'une « humanité plus humaine ». Cela s'ajoute à l'ancienneté, il s'agit d'un rassemblement qui se tient depuis le VIIème siècle de l'ère commune. Le pèlerin chinois Hsiang tang la décrivait à l'époque comme Maghméla, la 'foire de janvier' organisée par l'empereur Harshvardhan, 'celui qui encourage, vadhan, la joie, harsha. Pour en revenir à la caractéristique végétarienne de ce pèlerinage, il faut savoir que la viande, surtout en excès pose déjà toute une série de problèmes pour la santé de celui qui en consomme. On souligne par exemple maintenant de plus en plus l'affinité particulière des tumeurs cancéreuses en cours de développement avec les protéines animales. L'élevage intensif, en plus de la souffrance des animaux eux-mêmes, provoque de nombreuses complications écologiques : production de gaz de serre, rentabilité nutritive faible de la production de protéines animales par rapport aux protéines végétales de base, pour produire 1kg des premières il faut 15kg des secondes, et nécessité de multiples soutiens gouvernementaux aux éleveurs qui augmentent en fait le prix réel de la viande. L'ironie des choses est que les végétariens doivent aussi payer ces subsides par le jeu des impôts, et soutenir ainsi une passion avec laquelle ils ne sont pas d'accord…

En plus du bain rituel dans le Gange, l'élément important de cette rencontre est l'enseignement religieux, et la chance de pouvoir rencontrer les moines, sannyâsis ou sadhous, souvent dispersés
ou isolés mais qui confluent en grand nombre à cet endroit et à ce moment-là. Le nectar d'immortalité associé à l'eau du Gange devient alors l'ambroisie des enseignements spirituels eux-mêmes. Les sannyâsis sont reliés à Shankarâcharya, fondateur de l'advaïtavédanta et vivent en général surtout dans des ashrams déterminés avec un gourou bien connu. La notion de sadhou est plus large, elle se réfère surtout aux religieux qui partent sur les routes, dont le gourou est moins connu et souvent plus lointain, quand il existe. Ces sadhous semblent bien être les derniers être libres de la planète, comme le soutient Patrick Lévy dans son livre récent, « Sadhous ». Certes, leur vie a en général une certaine structure, ils bénéficient d'endroits fixes où ils peuvent être nourris et soignés. Ils s'y reposent des rigueurs de la route. Le peuple indien sait très bien le type de pratiques spirituelles qu'ils sont censés faire. Il les soutiendra moins s'il voit qu'ils ne se conforment pas à ce modèle de vie spirituelle. Il y a une tolérance pour leur consommation de hashis pendant la Méla, mais ceci est mal vu des autorités religieuses et des sannyâsis conscients de leurs responsabilités vis-à-vis de leur idéal et de la société.

Yoga-Méla

La confluence du Gange et de la Yamuna a aussi un sens en yoga, sur lequel ont insisté la plupart des religieux que nous avons rencontrés : le Gange et la Yamuna représentent respectivement ida et pingala, les canaux latéraux, droit et gauche, c'est-à-dire la rencontre des deux courants de sensations latéraux. Le troisième est l'axe central, plus secret, rapproché d'une rivière cachée, la Sarasvatî, qui est à la fois le nom de la déesse des rivières (saras signifie 'rivière') et de la connaissance. Quand tant de gens religieux rencontrent tant de laïcs avides de recevoir l'enseignement, il est évident que Sarasvatî est honorée… Un socle humain de la Kumbha-méla discret, mais fondamental, est représenté par les Kalpavâsis. On estime qu'ils sont environ cent mille. Ce sont les résidents qui font le voeu de rester sur place toute la durée de la Kumbh : en plus de bains quotidiens et de restrictions alimentaires, un seul repas par jour, ils vont s'asseoir pour écouter les discours, les chants dévotionnels, les théâtres sacrés sur l'histoire de Râm et Krishna qui sont aussi une forme d'enseignement. Ils participent aussi à la récitation à long terme d'un mantra donné. Certains camps chantent le même mantra continûment jour et nuit pendant les deux mois de la Méla. La méditation est une culture de l'esprit. Comme l'agriculture dans l'évolution de l'humanité, elle représente un progrès par rapport au fonctionnement ordinaire des gens, qui grappillent de-ci de-là des expériences intérieures plus ou moins au hasard, sans pouvoir les développer et « engranger » de façon systématique. Ils en sont au fond au stade des cueilleurs-chasseurs, souvent exposés à la famine. Nous en venons à un paradoxe certain de ce rassemblement, il s'agit du bruit. Déjà dans les descriptions des pèlerins des années 30, on se plaignait de l'apparition des micros et du fonds de bruit que cela produisait. La première impression de la Kumbha-méla est a priori, il faut l'avouer, cacophonique-chaotique. En principe, à la fois les religieux et les laïcs qui viennent à la Méla sont censés avoir eu leurs méditations profondes dans des endroits plus tranquilles, et viennent là surtout pour le rituel de bains et les rencontres. Même si les kalpavâsis effectuent pour leur part des pratiques personnelles intensives pendant les deux mois, la Méla n'est pas considérée en tant que telle comme un lieu de pratique approfondie, celle-ci requiert beaucoup plus de silence ! J'ai pu participer au tournage d'une émission sur l'évènement pour la chaîne Arte. L'émission passera en septembre dans une série d'une vingtaine d'épisodes sur différents lieux sacrés de la planète. Le nom de cette série sera : « En quête d'ailleurs ». Le coauteur de cette émission, Philippe, était là et nous nous sommes promenés dans différents endroits de la Méla. Il me posait des questions et je donnais certaines explications. La dernière prise de vue a été notre plongeon côte à côte dans le Gange le matin du grand bain avant l'aube. Froid un 10 février, mais revigorant !

L'équipe de tournage était dirigée par une réalisatrice, Rébecca Boulanger, qui est bouddhiste depuis une vingtaine d'année, cela facilitait pour elle une intuition plus approfondie de ce qui se passait. En effet, hindouisme et bouddhisme ont partie liée depuis le début. La Dalaï-lama a d'ailleurs essayé deux fois de venir à la Kumbha-méla, comme il l'avait fait en 2001. Les programmes étaient annoncés, mais ont été annulés en fait par le gouvernement de l'Uttarpradesh en prenant le prétexte des raisons de sécurité. J'ai parlé directement avec un officier de police qui était à cette réunion où Sa Sainteté aurait dû venir, et il m'a dit directement qu'il s'agissait d'un mauvais prétexte, l'équipe présente dont il faisait partie auraient été tout à fait capable d'assurer la protection du chef spirituel des Tibétains, ils étaient là pour ça. La raison réelle a dû être les pressions du gouvernement chinois
sur un gouvernement de l'Uttar Pradesh faible et connu pour sa corruption endémique.

Le lien profond de l'hindou avec le Gange est un bel exemple d'écologie spirituelle. Certes, les critiques diront qu'il y a un problème de cohérence, car la lutte pour dépolluer le fleuve n'est pas aussi importante qu'elle devrait être. Comme les autres pays en voie d'industrialisation, l'Inde fait face à des problèmes d'environnement importants. Ce n'est pas facile par exemple d'installer du jour au lendemain un système d'eaux usées non polluant pour un bassin fluvial comme celui du Gange qui abrite 400 millions d'habitants. Nous ne pouvons que souhaiter une meilleure coordination entre les enseignants religieux, les ONG et les instances gouvernementales pour faire face à ce problème qui concerne tous.

Un communiste devenu Gourou

Nous avons eu la chance de pouvoir interviewer avec l'équipe d'Arte le chef d'une des quatre grandes écoles du vishnouisme, ce dernier mouvement représentant avec le shivaïsme la plus grosse partie de l'hindouisme. Il est le successeur direct de Râmânanda, qui avait été au XVème siècle le gourou du grand saint et poète Kabir. Dans ce sens, on l'appelle Râmânandâcharya, âcharya signifiant 'guide, enseignant'. Il nous a confié beaucoup de témoignages directs sur sa vie de renonçant depuis plus d'un demi-siècle, il s'est engagé dans la vie d'ashram à 14 ans et en a maintenant 69. Ce qui l'a motivé au départ, il le reconnaissait honnêtement c'était l'envie de liberté pour étudier loin des soucis de la vie de famille et aussi la volonté d'être célèbre par ses livres. Il avouait avoir admiré au début les auteurs communistes qu'il dévorait, non seulement Marx et Engels, mais aussi Lénine et Staline. Cependant, avec la maturation, il a compris toute l'importance des pratiques de libération, de moksha, pour stabiliser la joie intérieure et l'indépendance de pensée et il est revenu à une perspective religieuse plus traditionnelle. Il nous a aussi montré sa peau, qui avait l'air de celle de quelqu'un de 40 ou 50 ans, en faisant remarquer que depuis un demi-siècle, il n'avait jamais utilisé de savon… Les sadhous et hindous traditionnels, quand ils veulent faire un grand nettoyage personnel, utilisent de la cendre, sinon c'est l'eau directement ...

Auteur : Jacques Vigne
Photos : Jacques Bancelin
Avec l'aimable autorisation de la Revue Infos-Yoga



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