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La déchirure 16/02/2008

L'incroyable succés planétaire du yoga ne tient-il pas a son pragmatisme ?
Le yoga va à l'essentiel, sans se perdre dans d'inutiles méandres, n'a-t-on pas dit :
"dans la posture pas d'imposture" !

 

Arthur Eugène Christiansen avait tout pour être heureux. Digne héritier d'une respectable famille new-yorkaise, il avait entrepris de brillantes études classiques à l'University of the City of NewYork, études malheureusement interrompues à cause d'une de ses particularités. II aurait pu se marier, il etait plutôt bel homme et avait engagé plusieurs idylles avec des jeunes filles de bonne famille, mais, là encore, son travers avait réduit ses espérances à néant. Arthur Eugène Christiansen aurait pu devenir le plus heureux des hommes s'il n'avait éprouvé le besoin irrépressible de s'emparer systématiquement des papiers qui traînaient, de les déchirer en mille morceaux et de les répandre sur le sol. II avait été recalé à l'examen de fin d'etudes de l'université pour avoir rendu une copie de littérature grecque ainsi émiettée. Ses fiançailles avec la belle et riche Miss Johnson avaient été cassées net le jour funeste oû Miss Johnson avait retrouvé la lettre oû elle declarait enfin sa flamme à son futur époux aux pieds de celui-ci en plusieurs milliers de morceaux. Les parents d'Arthur Eugène commençaient a s'inquiéter, d'autant que plusieurs feuillets de bons du trésor avaient été retrouvés fragmentés sur le tapis persan du grand salon. Emilie, sa mère, avait bien essayé de reconstituer le puzzle, mais le Trésor Public, dans son intransigeance  administrative, avait refusé d'acquitter les bons ainsi reconstitués prétextant qu'il manquait des morceaux essentiels. Le Colonel Christiansen, son père, avait demandé conseil au pasteur Ripley, directeur de conscience de la famille et fin psychologue.  Le pasteur avait tenté d'intervenir sans succès avant de recommander un psychanalyste. Le docteur Skira avait été lui-même disciple d'un disciple d'une disciple de Sigmund Freud  à Vienne. II diagnostiqua un oedipe mal engagé qui rendait la psyché d'Arthur Eugène particulièrement fragmentable. La thérapie s'engagea a raison de deux seances de divan par semaine. Comme les confettis continuaient a envahir la demeure familiale, le docteur Skira prit quelques directives supplçmentaires dont celle d'être payé plutot en liquide, mais la situation ne s'améliora pas et plusieurs billets constituant ses honoraires furent reduits en infimes fragments à même le divan. On fit alors appel â un Jungien célebre qui admit que son honorable confrère avait mal saisi la problématique et qu'il convenait d'aller chercher, au coeur des rêves de son
patient, la cause ultime des déchirures de son âme. Arthur Eugène devait noter ses rêves dès le réveil, avant toute chose et en evitant de trop bouger la tête, ce qu'il fit de bon gré. Malheureusement, la plupart des transcriptions furent déchirées avant la séance et Arthur Eugène constata alors qu'il avait oublié et le rêve et la transcription qu'il en avait faite. On fit appel â un adlerien sans plus de succès, on pensa même â un reichien, mais la réputation sulfureuse de ce dernier mit fin aux differentes thérapies. Un ami anglais du Colonel, le Major Chadwick, ayant en son temps participé aux campagnes des Indes, évoqua un maître spirituel indien nommé Swami Vidyananda. Ce yogi avait tout abandonné pour devenir moine mendiant. II avait acquis certains pouvoirs à travers la pratique du yoga et vivait, aujourd'hui, retiré du monde dans l'Himalaya. Le major avait même apporté une carte des Indes, mais elle avait été malheureusement reduite en morceaux. II fallut quelques semaines pour préparer l'expédition. Le père et le fils prirent un paquebot pour Bombay. De là, il leur fallut plusieurs jours de train et d'automobile pour atteindre Mussoorie, lieu de villégiature himalayen des Britanniques fuyant la chaleur de la plaine du Gange. Au petit matin, le père et le fils partirent à pied, entourés d'une dizaine de porteurs et d'un guide. lls atteignirent l'ermitage avant la nuit. Swami Vidyananda les reçut avec jovialité. C'etait un vieil homme très affectueux. II pratiquait un excellent anglais. II s'enquit du problème auprès du père, hocha plusieurs fois la tête, contempla le fils, s'approcha de lui et lui chuchota quelques mots à l'oreille puis revient vers le père :
- Je pense que le problème est réglé, dormez ici, vous regagnerez Mussoorie demain et de là votre pays.

 

Contrairement au voyage aller où Arthur Eugène avait failli déchirer son passeport et avait réussi à éparpiller plusieurs morceaux du livre de bord du Commandant du navire, le voyage de retour fut tranquille. Le mois qui suivit aussi et même l'année. Le père et la mère d'Arthur Eugène furent vraiment soulagés, ils auraient pu vivre enfin heureux si une obsession n'avait commencé à hanter le père : Qu'avait bien pu dire le Swami a son fils ?
Au bout de deux ans, peu avant le mariage d'Arthur Eugène, le père osa lui demander:
- Mais finalement que t'a dit le yogi ?

Arthur Eugène se retrancha derrière la promesse qu'il aurait faite à Vidyananda de ne rien divulguer des mots chuchotés. Le Colonel patienta encore deux ans qu'il passa presque exclusivement â tenter d'imaginer ce que le yogi avait bien pu dire et comme il commençait a en perdre le sommeil, il décida de repartir seul aux Indes en espérant que Swami Vidyananda vivait toujours. Le voyage fut long et éprouvant. A la tombée d'une nuit, il se retrouva dans l'ermitage himalayen. Swami Vidyananda avait un peu vieilli, mais il accueillit le Colonel avec une joie non dissimulée :

- Je suis venu vous demander ce que vous avez dit à mon fils.

- Mais pourquoi ne me l'avez-vous pas demandé alors, cela vous aurait évité un voyage fatigant, j'ai simplement dit à votre fils qu'il ne fallait plus déchirer les papiers, dormez ici, vous regagnerez Mussoorie demain et de là votre pays.

 

Auteur Mathieu de la revue Infos-Yoga.

 



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